Archive pour Mammy

Petite typologie des stéréotypes noirs du cinéma américain.

Posted in 1930's, 1940's, Cinéma with tags , , , , , , , , , , , , on 12/02/2012 by Brother Rabbit

Bonjour à tous et à toutes.

Afin de clarifier au maximum les articles présents sur ce blog, je vous propose un petit récapitulatif des principaux stéréotypes noirs présents dans la plupart des films américains. Précisons que cette catégorisation est basée sur les travaux de l’historien américain Donald Bogle, décrits avec précision dans son précieux ouvrage « Toms, Coons, Mulattoes, Mammies and Bucks ». Bien entendu, cette liste de stéréotypes est non-exhaustive et peut tout à fait être enrichie, mais elle constitue une base nécessaire à toute analyse de films américains dans lesquels desNoirs sont présents à l’écran.

« Tom » ou « Uncle Tom ».

Comme nous l’avons mentionné dans l’article consacré à « Hittin the Trail », Uncle Tom est l’un des stéréotypes les plus couramment utilisés durant la période de l’âge d’or du cinéma (années 1930-1940). Dans le cinéma en prises de vues réelles (ou PVR), le stéréotype d’Uncle Tom varie peu d’une production à l’autre: il est vieux, doux, gentil et totalement dévirilisé car soumis à toute forme d’autorité – en particulier lorsque celle-ci provient de son maître blanc – et est, en quelque sorte, une figure « d’éternel esclave » sans cesse en position de servitude. Dans les films d’animation, Uncle Tom revêt sensiblement les mêmes attributs physiques et moraux, à quelques exceptions près (que nous ne  manquerons pas de détailler dans un prochain article).

« Coon » ou « Zip Coon ».

Dans l’article précédent nous parlions du « Coon », parfois dénommé « Zip Coon ». Le stéréotype du Noir stupide, lent d’esprit et à la démarche nonchalante a été popularisé au cinéma par l’acteur Lincoln Theodore Monroe Andrew Perry (1902-1983), alias Stepin Fetchit. Nous l’avons déjà dit, l’origine de ce personnage est très ancienne et coïncide à peu près avec celle d’une autre figure du folklore américain, Jim Crow. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le personnage du Coon est resté de façon beaucoup plus durable dans l’industrie du spectacle américain (par le biais des shows « Blackface ») que son homologue Jim Crow, alors que ce dernier est plus ancien. En effet, le tout premier personnage incarné par Thomas « Daddy » Rice (le créateur du personnage de Jim Crow) est cet individu noir entre deux âges, vêtu de haillons, mi-boitillant mi-sautillant sur ses jambes et parlant un anglais truffé de fautes. Malgré la puissance de cette caricature et sa primauté historiquen c’est le Coon qui bénéficie de la plus grande longévité dans le domaine de la caricature.

« Mulatto » ou « Tragic Mulatto ».

Affiche de la pièce "The Octoroon", jouée fin XIXème siècle.

Le « Mulatto » ou « mûlatre » est un personnage plus rare dans l’industrie cinématographique américaine que les deux précités. Comme son nom l’indique, le ou la « Mulattoe » – dans sa forme caricaturale – a une peau claire (presque blanche, parfois), des traits plus « caucasiens », une meilleure diction que ses confrères à la peau noire, et est, généralement, issu des grandes villes industrielles du Nord des Etats-Unis. En ce sens, le Mulatto paraît bénéficier d’un traitement moins « dur » que les autres stéréotypes, mais il n’en est rien, car il/elle est tiraillé entre deux « rives », entre deux mondes opposés, et tente généralement de se faire passer pour Blanc, mais est presque toujours démasqué. Une fois encore, le Mulatto est le produit de la dichotomie esclavagiste opérée entre les « House Negroes » (ou « nègres de maison », à la peau plus claire) et les « Field Negroes » (ou « nègres des champs », généralement foncés de peau). Cette séparation remontant à l’époque de l’esclavage a fortement marqué les esprits des afro-américains, et continue de bénéficier d’un certain crédit auprès d’une majorité de la population noire comme blanche. En résumé, le degré de clarté de la peau serait proportionnel au degré de progression dans l’échelle sociale, voire, au degré d’instruction de l’individu (et donc, de ses capacités intellectuelles). Il suffit de regarder la couleur de peau des principaux stéréotypes afro-américains présents dans le cinéma pour se convaincre que cette théorie à (malheureusement) encore de beaux jours devant elle…

« Mammy ».

Le stéréotype de la « Mammy » est, avec celui d’Uncle Tom, un des plus usités par le cinéma américain de l’âge d’or. Généralement, la Mammy est

Mammy Two Shoes; "Tom & Jerry"/ Hattie Mc Daniel; "Autant en emporte le vent" (1939)

une nounou, integrée au sein d’une maison de type colonial-sudiste. Elle est grosse, habillée de haillons ou de tabliers de cuisine et s’occupe des enfants de ses maîtres en ponctuant régulièrement ses phrases d’un « Yes, massa » (déformation de l’anglais « Yes, Master », ou « oui, maître ») ou d’un « Yes Ma’m » (ou « oui, madame »). Elle est joviale et paraît satisfaite de son sort, raison pour laquelle elle est généralement associée à Uncle Tom. Dans les dessins animés, on retrouve ce personnage dans les cartoons de « Tom and Jerry » sous les « traits » – on ne voit que le bas de son corps – de « Mammy Two Shoes », à l’instar de la plus célèbre Mammy du cinéma Hattie Mc Daniel. Sa voix est celle de Lillian Randolph; cette dernière fut d’ailleurs très durement critiquée par la NAACP (National Association for Advancement of Colored People) pour son interprétation vocale très caricaturale.

« Buck » ou « Black Buck ».

Une exemple de "Black Buck".

Le dernier stéréotype cité par Donald Bogle est celui du « Buck », ou « Black Buck ». Régis Dubois dans son ouvrage consacré aux stéréotypes africains-américains – « Images Du Noir Dans Le Cinéma Américain Blanc – 1980-1995« , ed L’Harmattan – traduit le vocable « Buck » par « Bouc ». Ce personnage est l’extrême inverse d’Uncle Tom, puisque ses traits de caractère marquants sont essentiellement associés à la sexualité en ce qu’elle a de plus brutale, de plus bestiale, voire, de plus animale… . Buck est grand, la peau très noire et joue le rôle d’un épouvantail dans la societé américaine blanche bien-pensante. Il est le spectre craint de toute une partie de la population en raison de son attirance particulièrement marquée pour les femmes  -le plus souvent blanches – envers lesquels il n’hésite pas à faire usage de violence pour obtenir des faveurs sexuelles. Décrit et mis en image pour la première fois dans le film « Birth of A Nation » de D.W. Griffith (1915), Black Buck est, aujoursd’hui encore, l’un des stéréotypes récurrents de l’industrie cinématographique américaine, mais également européenne. Nous pouvons constater qu’en grande partie, les mythes attribués à la sexualité de l’homme noir (bestialité et autres) sont à imputer à ce personnage du Black Buck, qui, contrairement à d’autres modèles plus typiquement afro-américains, est assez universel dans la manière dont l’homme noir apparaît sur les écrans.

Thats’ NOT All, Folks !!

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