Archive pour amos tutuola

Coonskin (1975) 2/3.

Posted in 1970's, Cinéma, Underground with tags , , , , , , , , , , , , , , on 12/07/2012 by Brother Rabbit

Bonjour à toutes et à tous,
aujourd’hui nous allons aborder la suite de notre série de trois articles consacrés à Coonskin de Ralph Bakshi, l’un des brûlots
animés les plus marquants des

années 1970. Alors que la tendance générale des cartoons de la période s’inscrit dans une optique très mercantile et possède un souci de rentabilité assez évident, Ralph Bakshi choisit de s’émanciper nettement du courant mainstream et décide de revendiquer haut et fort son accointance avec l’underground new-yorkais. Coonskin est l’un des cartoons les plus virulents et subversifs de la période, car il déconstruit consciencieusement les stéréotypes raciaux issus de la culture populaire américaine, et les retourne habilement contre ceux qui persistent à les véhiculer. Assurément sujet à controverse, le film prend sa source dans un contexte culturel passionnant mais difficile à appréhender pour le spectateur. C’est donc dans le but de comprendre toute la complexité qui découle de Coonskin que nous allons aborder les aspects culturels référencés dans ce film.

Références:

Les multiples clins d’oeil au background culurel africain-américain sont légion dans le film, aussi nous ne détaillerons que les principaux, restés encore obscurs aux yeux du spectateur. En effet, le réalisateur Ralph Bakshi, grand admirateur du folklore et de la culture afro-américaine populaire s’est inspiré de nombreux artéfacts présents dans ceux-ci pour façonner Coonksin. L’écrivain Darius James le décrit à travers un bel hommage qui sied à merveille à l’ambiance hétéroclite du film:  »Coonskin se lit comme une fable d’Uncle Remus, qui serait réécrite par Chester Himes et dans laquelle figurerait des éléments surréalistes Yorubas issus de l’univers de l’auteur nigérian Amos Tutuola ». L’introduction du film donne immédiatement le ton au spectateur avec une chanson intitulée « Coonskin No More », écrite par Bakshi lui-même et interprétée par Scatman Crothers. Les paroles elles-aussi sont lourdes de sens et renvoient à la tradition de représentation satyrique des afro-américains dans la culture populaire. Le chanteur, seul à la guitare, se décrit comme:

« A Minstrel man / Cleaning man / Pole man / A Shoeshined man (un cireur de chaussures), Ah’m a nigger-man […] » 

 

Tout le discours d’auto-dépréciation de la condition de l’Homme noir présent ici est en réalité une référence aux spectacles Minstrels dans lesquels les acteurs au visage noirci se plaignaient allègrement de leur condition de « pauvres nègres sans argent ». A cette dimension culturelle populaire, Scatman Crothers ajoute, par son interprétation passionnée, la puissance et le phrasé directement tirés du Blues. Par ailleurs, la bande originale du film est assez savoureuse et met en oeuvre des classiques de la Soul comme le célèbre « Ain’t no Sunshine » de Bill Withers (1971), repris dans un superbe medley de trompette en guise d’illustration sonore de plans nocturnes de Harlem. Les autres styles musicaux également empruntés à la communauté africaine-américaine, collent parfaitement aux différentes situations et achèvent de conforter le film dans son statut de classique du cinéma d’animation underground. En ce qui concerne les autres thèmes musicaux, ils sont eux aussi d’excellente facture, notamment l’hommage au thème du film « Le parrain ».

On observe également un certain nombre de références, plus implicites, aux caricatures des noirs véhiculées par l’industrie du spectacle depuis le XIXème siècle. Ainsi l’on peut apercevoir à plusieurs reprises un Oncle Tom en haillons chantant la nostalgie de son « bon vieux Sud/Good Ole South », ou encore, une « Aunt Jemima »/ Mammy (je vous renvoie à la petite typologie  pour plus de détails) hystérique et armée, qui traque une pile de pancakes avec un revolver.

Tante Jemima et son pancake, version Bakshi

 Tout ceux-ci sont utilisés par Ralph Bakshi dans le seul but de les tourner en dérision, et de dénoncer, plus ou moins subtilement le message soit réducteur – pour Oncle Tom – soit consumériste – dans le cas de Tante Jemima – qu’ils se plaisent à véhiculer. Le procédé utilisé est sensiblement le même que celui usité par le réalisateur à l’encontre de Brother Bear (voir article précédent): un personnage noir est mis en lumière afin d’attirer l’attention sur le traitement que celui-ci subit au sein de la societé américaine.

Le dernier personnage fortement référencé de Coonskin est celui du Black Jesus que les trois compères rencontrent au cours de leur périple (que l’on retrouve dans l’extrait suivant). Ce dernier prétend être la réincarnation de Jesus et se livre, devant une horde de fidèles hystériques, à un show psychédélique du plus bel effet. Durant ce spectacle, le Jésus noir obèse et totalement nu se lance dans une diatribe anti-blancs aussi tape-à-l’oeil que virulente et clame: « Votre douleur est blanche, votre peine est blanche […] révoltons-nous ! » Le show atteint son paroxysme lors de la montée sur la croix du prédicateur; ce dernier se saisit
alors de deux pistolets et réduit en poussière les portraits d’Elvis Prestley et de Richard Nixon, que d’aucuns considèrent comme étant parmi les deux plus grands « pillards »  et ennemis déclarés de la communauté afro-américaine. Sous son aspect outrancier et survolté, cette scène vise avant tout à pointer du doigt les stéréotypes des prédicateurs/prêcheurs nationalistes itinérants, leurs discours et leurs motivations douteuses, chers à la littérature populaire des années 1960-1970, mais également la religion-spectacle et son cortège de trafics et de mensonges: l’église nationaliste noire qui nous est montrée dans le précédent extrait est en réalité la propriété d’un riche industriel blanc… . En résumé, les éléments culturels afro-américains repris par Bakshi sont tantôt tournés en dérision, parfois victimes d’une critique acerbe, mais tous ont leur importance dans le panthéon personnel du réalisateur.

La semaine prochaine nous reviendrons sur le contexte historique ayant influencé le réalisateur de Coonskin, car une fois encore, de nombreuses informations sont à mettre en parallèle avec le film 😉 : That’s NOT All, Folks !!

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